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Amour inconditionnel : ce que les animaux nous apprennent sur nous-mêmes et sur le lien

7 sept. 2020
10 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 7 heures


L’amour inconditionnel est un sentiment d’affection et d’acceptation sans condition, sans attente ni exigence en retour. 


Nous pouvons aimer un être pour ce qu’il est, sans lui demander de mériter cet amour ou de devenir conforme à ce que nous espérons.

Cette notion est souvent reprise dans les discours New Age comme un Graal spirituel à atteindre. Mais comment prend-elle corps dans une relation ? Que devient-elle lorsque nous sommes en colère, lorsque l’autre nous contrarie ou lorsque nous avons besoin de dire non ?


Auprès des animaux, beaucoup d’entre nous se sentent aimés avec une simplicité bouleversante. Cet accueil paraît parfois plus accessible que dans nos relations humaines, même celles que nous associons spontanément à l’amour inconditionnel, comme la relation entre un parent et son enfant. Il contribue sans doute à la force de notre attachement.


Dans mon expérience, la communication animale permet de sentir cet amour, de le toucher intérieurement, de le comprendre et de l’intégrer dans le corps. Mais ce que nous recevons vient aussi rencontrer nos blessures, nos attentes et notre manière de nous traiter.


Que faisons-nous alors de cet amour ? Qu’est-ce que les animaux nous enseignent sur l’amour de soi, les limites, le pardon et la confiance ? Je partage ici ce que leur présence m’a permis d’explorer, jusqu’à cet état de contemplation où le vivant peut être aimé sans que nous cherchions à obtenir quelque chose de lui.


Sommaire


Se sentir aimé auprès des animaux : qu’en faisons-nous ?


Lorsque j’ai commencé la communication animale, je passais une heure chaque jour à méditer auprès de mes animaux.


Je venais les rencontrer. Les premiers temps, j’ai surtout rencontré ma peine.


Je pleurais. Le lendemain aussi. Dans ces moments où je cessais de m’agiter, ce que j’avais tenu serré en moi trouvait une issue : la douleur, l’insécurité, cette fatigue de croire qu’il fallait être autrement pour mériter d’être aimée.


Les animaux étaient là. Je pouvais rester avec mes larmes. Je n’avais pas à devenir plus agréable, plus solide ou plus sereine pour avoir une place auprès d’eux.


Puis ma peine a progressivement cessé d’occuper tout l’espace. Une douceur vaste et calme est devenue perceptible. Je pouvais sentir leur présence, être avec eux, sans attendre que la rencontre vienne réparer quelque chose.


L’amour inconditionnel prenait chair.


Peut-être connais-tu cette sensation auprès de ton animal : pouvoir enfin relâcher ce que tu retiens ailleurs. Être là, avec ta fatigue, tes contradictions, ton humeur du jour, et te sentir malgré tout accueilli·e.


Pourtant, nous pouvons recevoir cet amour et continuer à nous juger durement. Ou chercher à nous en assurer sans cesse : un chat s’éloigne, un cheval se détourne, et nous y lisons un rejet. Nous demandons alors à l’animal de confirmer encore ce que nous peinons à croire de nous-mêmes.


Sa présence nous offre quelque chose de précieux. Encore faut-il nous laisser le recevoir.


L’amour inconditionnel commence par soi-même


Puis-je m’aimer telle que je suis ? Puis-je regarder ce que j’appelle mes « défauts » sans aussitôt me critiquer, me dévaloriser ou faire de leur disparition une condition pour m’accorder de la tendresse ?


L’équitation et les chevaux m’ont appris deux choses qui m’accompagnent beaucoup dans cette réflexion.


Ce que je suis aujourd’hui peut évoluer demain


Tout est impermanence.


Avec les chevaux, ce principe se vit. Un état, une difficulté, une manière de répondre ne résument jamais tout ce qu’un être peut devenir. Les conditions changent, l’expérience fait son œuvre, le corps et la relation évoluent.


Cette compréhension me permet de moins m’accrocher à ce que je n’aime pas chez moi. À force de répéter « je suis comme ça », je risque de donner à un mouvement passager la rigidité d’une identité.


Je peux reconnaître ce qui me met en difficulté aujourd’hui et chercher les conditions qui permettront à cela de bouger. Du temps, du repos, une autre manière de faire, une rencontre, un apprentissage. Je peux créer de l’espace.


M’accueillir telle que je suis laisse à mon évolution la possibilité de se produire sans que je me maltraite pour l’obtenir.


Ce que je nomme un défaut possède aussi une autre face


Les chevaux m’ont également appris à chercher l’autre face de ce que je juge.

Une même caractéristique peut faciliter une situation et en compliquer une autre. Elle peut être appréciée par une personne et déranger profondément quelqu’un d’autre.

Je suis expressive, directe. Je peux m’exprimer avec véhémence.


Cette intensité peut heurter des personnes plus calmes ou introverties. J’ai à entendre ce qu’elle produit dans la relation. Mais en ne regardant que cette face-là, je perds de vue sa force.


Elle me permet de mettre un pied dans la fourmilière. De nommer ce qui ne fonctionne plus, de poser les choses pour avancer, de susciter un changement devenu nécessaire. Elle m’évite parfois de consacrer encore du temps et de l’énergie à une situation qui s’enlise.


C’est une force vitale. Dans certains moments, elle me remet en mouvement alors que je pourrais rester accablée par ce qui m’arrive.


Reconnaître cette autre face me permet d’ajuster ma manière de m’exprimer sans condamner tout ce qui me constitue. Je peux prendre soin de l’effet de mes paroles et garder de l’estime pour l’élan qui les porte.


Quand le dogme spirituel efface nos émotions et nos besoins


L’amour inconditionnel devient parfois, dans certains discours spirituels, une exigence de perfection.


Il faudrait aimer tout le monde, tout le temps. Comprendre chaque comportement, ne plus éprouver de colère, pardonner immédiatement. Et si nous n’y parvenons pas, c’est que nous aurions encore du travail à faire sur nous-mêmes.


Je trouve cette injonction extrêmement violente.


Elle peut nous conduire à oblitérer nos émotions et nos besoins pour préserver l’image d’une personne suffisamment aimante. Notre chagrin devient encombrant. Notre indignation paraît suspecte. Notre besoin de protection est confondu avec une fermeture du cœur.


Nous voilà sommés d’accueillir tout le monde, tandis que notre propre vécu reste à la porte.


Comment parler d’amour inconditionnel si nous ne pouvons nous aimer qu’à condition de ne plus ressentir ce qui dérange ?


Je peux accueillir ma colère, en écouter les raisons et choisir ce que j’en fais. Je peux reconnaître ma peine, mon besoin de distance ou mon refus. Ces mouvements appartiennent à mon humanité ; ils méritent eux aussi une place dans cet accueil.

Auprès des animaux, je découvre une manière d’être en relation dans laquelle une limite peut s’exprimer et le lien continuer d’exister.


Poser une limite sans condamner l’autre


Dans mon troupeau, un cheval peut avoir besoin de remettre un cadre. Il le fait à sa manière et en fonction de la réaction des autres chevaux : une indication discrète, un mouvement plus ferme, parfois une réaction virulente. L’autre répond, s’éloigne ou résiste.

Puis l’échange s’arrête.



Ce qui me frappe, c’est la manière dont la vie reprend. Dans ce que j’observe et perçois auprès d’eux, je ne retrouve pas cette frustration entretenue, cette rancœur ou cette culpabilité qui peuvent nous accompagner longtemps après avoir dit non.



Pour nous, poser une limite, ou recevoir une limite, touche parfois tout l’édifice de la relation. Nous craignons de blesser, de perdre l’amour, de passer pour une mauvaise personne. Ou nous accumulons jusqu’au moment où notre refus devient une attaque.


L’amour inconditionnel m’invite à préciser ce qui se joue : quel besoin cherche à être respecté ? Quelle limite ai-je à poser ? Qu’est-ce que cette situation réveille de mon histoire ?


Une blessure peut rendre des attitudes plus réactives que simplement exprimées. Cela demande de l’écoute de soi et de l'autre. Mais je peux aussi remarquer les moments où je cherche un coupable pour ne pas regarder ma propre participation à une relation devenue inconfortable.


Il s’agit alors de retrouver une responsabilité qui me permette d’agir : dire ce que je vis, reconnaître ce qui m’appartient et exprimer un cadre juste.


Une distinction m’aide beaucoup : être en désaccord avec un acte ou une parole ne m’oblige pas à condamner la personne qui en est à l’origine.


Je peux dire : « Ce que tu viens de faire me blesse. » Exprimer un refus. Demander un changement. L’amour que j’éprouve et la valeur du lien peuvent demeurer, même dans ce désaccord.


Le pardon : laisser le conflit se terminer


Chez nous, le conflit continue souvent après la fin de l’échange.


Nous rejouons la scène. Nous cherchons ce qu’il aurait fallu répondre. Nous rassemblons les souvenirs qui confirment notre blessure. L’événement est passé ; intérieurement, nous lui donnons encore un présent.


Dans mes observations et mes communications animales, j’ai ressenti que les animaux vivent naturellement dans ce que nous appelons le moment présent. Je ne perçois pas cette volonté d’entretenir une dette envers l’autre.


Je rencontre pourtant des animaux dont l’histoire a laissé des peurs, des douleurs, des réactions persistantes. Mais cette souffrance ne ressemble pas à une volonté d’en vouloir à l’autre. Mais dans une expression émotionnelle de traumatismes. Cette distinction a beaucoup compté dans ma compréhension.


Le pardon pourrait être cette possibilité de laisser enfin le conflit se terminer en nous.


Nous pouvons garder en mémoire ce qui s’est passé, en tirer des conséquences et maintenir une limite. Une relation peut même s’arrêter. Pourtant, une part de notre vie intérieure cesse progressivement d’être occupée par l’affrontement lorsque je me pardonne et je pardonne à l'autre de ne pas avoir pu, su, faire autrement.


Ce mouvement ne se commande pas. Une blessure a besoin d’être reconnue. Le pardon exigé trop tôt peut prolonger la violence qui consiste à faire taire ce que nous ressentons.


Auprès des animaux, j’entrevois ce que cette libération rend possible : une disponibilité pour ce qui existe maintenant.


Cette année j'ai eu un poulinage difficile suite à une gestation de jumeaux et malheureusement un des poulains est décédé lors du poulinage. Occupée par l'état de santé de Belle Dame et a tenter de sauver la vie de sa pouliche j'ai tout de meme pris le temps rapidement de prendre soin de l'état émotionnel du troupeau et de la maman. Ils ont répondu à l'unisson:

"notre énergie est tournée vers la vie. Nous avons aimé ce poulain les quelques instants où il a vécu en notre présence, mais nous choisissons de mettre notre énergie au service de la vie."

J'ai été, encore une fois, émue et profondément touché par cet enseignement. Ici il n'y a pas besoin de cet espace de pardon car il n'y a pas de fuite de temps ou d'énergie a ressasser ce qui n'est déjà plus là.


La foi en soi, en l’autre et en la vie


Dans mon cheminement, j’ai le sentiment que la foi vient ensuite. Lorsque le ressentiment desserre son emprise, la confiance trouve davantage d’espace.

Une confiance en moi apparaît : je peux traverser ce qui se présentera, apprendre, ajuster, chercher du soutien. Je peux reconnaître mes limites sans en faire la preuve de mon incapacité.


Une confiance en l’autre : lui laisser la possibilité de me surprendre, sans exiger la garantie qu’il ne me décevra jamais.


Une confiance dans la vie : accepter de ne pas connaître tout le chemin et rester sensible à ce qui peut encore naître.


Cette foi rejoint l’amour de soi. Elle me permet de reconnaître mes ressources au milieu de mes fragilités. De me sentir capable de participer à la vie, même lorsque je n’en maîtrise pas le déroulement.


C’est ainsi que ces dimensions se sont reliées pour moi. Elles continuent de se préciser au fil de ce que je traverse.



Tout cela nous ramène à la relation quotidienne avec nos animaux.


Nous pouvons nous sentir aimés par eux et avoir du mal à leur offrir le même accueil.


Nos attentes, nos incompréhensions et les différences entre nos manières de vivre viennent parfois créer du conflit, voire de la souffrance.


Nous voudrions qu’un cheval coopère, qu’un chien soit docile, qu’un chat recherche le contact. Son comportement contraire nous contrarie, nous inquiète ou nous blesse. Et lorsque nous ne regardons pas ce qui se joue en nous, nous risquons de lui faire porter tout le poids de la réussite du lien.


Il devrait changer pour que nous puissions enfin nous sentir bien ensemble.

Mais lui, que veut-il ? Que vit-il dans cette situation ? Quel espace lui laissons-nous pour exprimer ce qui compte pour lui ?


C’est là que je rencontre toute la puissance de la communication animale.


Dans l’espace sécurisé que je cherche à offrir en séance, la personne qui accompagne l’animal peut déposer ce qu’elle vit : sa fatigue, ses attentes, ses inquiétudes, ses difficultés. Ses propres besoins ont une place.


Cet accueil permet ensuite de se rendre plus disponible à ce qui se joue également pour l’animal. À ses perceptions, à ses émotions, à sa manière d’entrer dans la relation.


Lui donner un espace de parole nous aide à retrouver une rencontre dans laquelle chaque existence compte. Nous pouvons chercher des ajustements qui tiennent compte des deux, plutôt que d’attendre de l’un qu’il porte seul l’harmonie.


Les animaux ne nous en veulent pas, ne nous jugent pas mais ils ont aussi leurs besoins, leurs blessures et même s'ils nous aiment inconditionnellement, pour leur bien-être, à nous faire ce pas vers eux.


La beauté de la relation retrouve alors toute sa noblesse : deux êtres peuvent s’écouter, se respecter et découvrir ce qu’ils ont encore à vivre ensemble.


La contemplation : aimer dans un état de réceptivité




La nature m'a aussi transmis et permis d'expérimenter auprès des animaux ce que l’état intérieur de contemplation permet d’éprouver dans le lien.


Contempler, pour moi, engage une qualité de présence. Je suis disponible à ce qui existe, sans chercher immédiatement à l’interpréter, à le transformer ou à lui demander quelque chose.


Un animal peut brouter, dormir, s’intéresser à un mouvement qui m’échappe. Sa vie me touche jusque dans ce qui ne me concerne pas.


Je n’ai rien à obtenir de lui pour que cette présence soit précieuse.


Dans cet état, un état devient perceptible. L’autre peut exister librement, et je peux goûter la beauté de sa présence sans réclamer de réponse. C’est en cela que la contemplation me semble rejoindre une posture d’amour inconditionnel.


Nous pouvons l’entrevoir en observant simplement les animaux, en leur prêtant attention. Dans mon expérience, la communication animale permet d’explorer plus profondément cet espace de réceptivité et d’en recevoir des enseignements qui prennent place dans le corps, puis dans la vie.


Ils se reconnaissent à des choses concrètes : une limite exprimée plus justement, un jugement qui s’assouplit, un ressentiment que je cesse de nourrir, une confiance retrouvée.


Parfois, je reste simplement auprès d’eux.


Je n’ai plus à mériter l’instant. Eux non plus.


À propos de Lucile Picker

Ancienne cavalière professionnelle et enseignante, Lucile Picker pratique la communication animale depuis 15 ans. À travers Le Monde de Lucile, elle a accompagné plus de 3 500 duos humains-animaux et formé plus de 1 000 personnes à développer leur écoute sensorielle. Son approche relie l’expérience du terrain, la connaissance du cheval, la pédagogie et l’exploration de nos perceptions.


1 commentaire


Bonjour , en connaissant l’amour inconditionnel j’ai connu un éveil spirituel lors du 1er confinement. Il a duré 6 mois puis une nuit noire de l‘am qui a duré aussi 6 mois . Je pensais en être sortie mais finalement , je dois y être encore car je ne connais plus l’amour inconditionnel, je manque d’énergie et suis souvent très fatiguée . Épuisant . Pouvez-vous m’aider ? Cordialement. Nathalie

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