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Quand le mental raconte une histoire que le corps ne croit plus : écouter son corps en communication animale sensorielle

il y a 9 heures
8 min de lecture
chevaux en liberté dans une clairière
La photo que je voyais en me réveillant

Il arrive que notre corps réagisse bien avant que nous soyons capables de comprendre ce qui se passe. Une gorge se serre, les larmes montent, une fatigue apparaît… puis le mental construit une explication cohérente qui nous permet de continuer comme si de rien n’était.


La communication animale sensorielle m’a appris ce que signifie réellement écouter son corps : distinguer ce que je perçois de l’histoire que j’ajoute ensuite, accueillir ses signaux sans les transformer immédiatement en vérité, et accepter que mes convictions puissent parfois m’empêcher d’entendre. Peut-être reconnaîtras-tu, dans les expériences que je vais te raconter, certaines de ces fois où ton corps savait déjà ce que ta tête n’était pas encore prête à regarder.

Chaque matin, lorsque j’ouvrais les yeux, je voyais cette photo.

La vue depuis la chambre de mon ancienne maison. En contrebas, mes chevaux dans les prés. Une vie presque idyllique que je venais de quitter pour rejoindre l’homme que j’aimais.


Il avait fait imprimer cette photo et l’avait accrochée face au lit.


Chaque matin, je la regardais.


Et chaque matin, je pleurais.


Pourtant, mon cerveau me racontait une très belle histoire.


Il me disait combien j’avais de la chance de vivre avec un homme aussi attentionné. Un homme qui comprenait ce que cette maison et ces chevaux représentaient pour moi. Un homme suffisamment généreux pour placer cette image devant mes yeux afin que je puisse retrouver, dès le réveil, un peu de la vie que j’avais quittée.


Alors j’ai donné un sens rassurant à mes larmes.


Je faisais simplement le deuil de mon ancienne vie. J’étais triste de ce que j’avais laissé derrière moi, mais heureuse d’être là. Auprès de cet homme atteint d’une maladie grave, que j’avais choisi de rejoindre plus vite que prévu pour pouvoir le soutenir.


C’était cohérent.


C’était même une preuve d’amour.


Seulement, mon corps racontait autre chose.


Écouter son corps quand le mental explique


Une amie m’avait offert un larimar en me disant :


— Je sens que c’est important que tu aies cette pierre avec toi.


À partir du moment où j’ai commencé à la porter, je me suis mise à pleurer plusieurs fois par jour.


Je ne comprenais pas.


Ou plutôt, mon mental trouvait toujours une explication qui me permettait de ne pas comprendre.


Il me faudra plusieurs mois pour quitter cette relation devenue toxique. Plusieurs mois pour reconnaître que quelque chose en moi avait perçu, bien avant que je puisse le penser, que je n’étais pas à ma place.


Mon corps ne me donnait pas une analyse complète de la situation. Il ne me disait pas qui était cet homme ni ce que j’allais vivre avec lui.


Mais il exprimait une détresse que ma tête s’efforçait de rendre acceptable.


As-tu déjà vécu cela ?

Une gorge qui se serre alors que tu affirmes que tout va bien. Une fatigue qui s’installe sans raison apparente. Une boule dans le ventre face à une décision pourtant parfaitement raisonnable.


Le signal est là.


Mais presque aussitôt, le mental arrive. Il explique, minimise, justifie. Il construit une histoire suffisamment cohérente pour que nous puissions continuer sans remettre en question ce que nous avons choisi.


Ce que la communication animale sensorielle a déplacé dans mes certitudes



Lucile accroupie en pleine connexion avec un poney

La communication animale m’a appris à observer ce décalage.


Pas seulement dans ma vie, mais aussi dans ma manière d’écouter les animaux.




Pendant longtemps, j’étais convaincue qu’un cheval ne pouvait être véritablement bien que dehors, au pré, au sein d’un troupeau.


Cette conviction reposait sur des valeurs qui comptent encore pour moi : respecter les besoins fondamentaux des chevaux, leur permettre de marcher, de vivre avec leurs congénères et de retrouver une existence plus proche de leur nature.


Puis j’ai communiqué avec un cheval qui n’allait pas bien au pré.


Je cherchais ce qui pouvait lui manquer. Peut-être fallait-il ajouter de la paille dans l’abri ? Modifier quelque chose dans son environnement ? Trouver ce qui l’empêchait de profiter de cette vie qui, pour moi, devait nécessairement lui convenir ?


Je cherchais sincèrement à l’écouter.


Mais je cherchais à l’intérieur de ce que je croyais déjà savoir.


Peu à peu, j’ai compris ce qu’il tentait de m’expliquer : il avait vécu toute sa vie en box. Cet espace fermé était devenu son refuge, son lieu de repos et de sécurité.


Dehors, tout lui demandait un effort.


Les autres chevaux. Le vent. La pluie. Les mouvements du troupeau. L’immensité de l’espace. Cette nature que je considérais comme une liberté lui demandait, à lui, une énergie considérable pour s’adapter.


Il ne demandait pas nécessairement à retourner vivre enfermé. Il avait besoin d’une transition. D’un abri paillé, partiellement fermé, dans lequel il pourrait se retirer, dormir et ne plus être sollicité.


Il m’a obligée à quitter une vérité générale pour rencontrer sa vérité à lui.


Peut-être connais-tu cela, toi aussi : tu veux sincèrement écouter, comprendre ou aider, mais tu cherches la réponse à l’intérieur de ce que tu crois déjà vrai. Nous ne cessons pas d’écouter par manque de bonne volonté. Parfois, nous écoutons simplement à travers un cadre devenu si familier que nous ne le voyons plus.


Recevoir ne signifie pas avoir compris


Une autre jument m’a enseigné quelque chose de différent.


J’avais perçu chez elle un besoin de contact avec ses congénères. J’en ai conclu qu’elle avait envie de vivre en troupeau.


Lorsque cela a été mis en place, tout s’est mal passé.


Elle est devenue agressive envers les autres chevaux. Elle a maigri. Elle ne trouvait pas sa place et ne semblait pas savoir comment gérer toutes ces relations.


Son besoin de lien était réel.


Mais je l’avais interprété trop vite.


Avoir besoin d’un lien social ne signifiait pas qu’elle était prête à rejoindre un troupeau. Elle avait peut-être besoin de rencontrer un seul cheval. De construire une relation stable et sécurisante. D’apprendre progressivement à être avec l’autre avant de devoir trouver sa place parmi plusieurs individus.


La perception n’était pas nécessairement fausse.


C’est la conclusion que j’en avais tirée qui était trop rapide.


Cela t’arrive peut-être lorsque tu ressens un malaise chez ton animal, dans une relation ou face à une décision. Quelque chose est perçu. Mais presque immédiatement, ton esprit lui donne un nom, une cause et une solution. À cet instant, nous ne sommes déjà plus tout à fait dans la perception : nous sommes entrés dans l’interprétation.


Cette expérience a profondément changé ma manière d’écouter. Aujourd’hui encore, lorsque je reçois une information, j’essaie de ne pas la transformer immédiatement en réponse.


Qu’ai-je réellement perçu ?


Qu’est-ce que j’en déduis ?


Est-ce l’animal qui me montre cela, ou mon mental qui complète ce qu’il ne comprend pas encore ?


Comment puis-je vérifier, observer et ajuster ?


La communication animale n’a pas fait de moi quelqu’un qui sait toujours. Elle m’a appris à rester dans l’exploration.


Les animaux ne m’ont pas appris à détenir la vérité. Ils m’ont appris à devenir suffisamment présente pour la chercher autrement.

L’intuition n’est pas une longue explication



L’intuition ne ressemble pas aux histoires que construit le mental.

Elle est souvent nette, brute et fugitive.

Une information traverse. Une image apparaît. Une phrase s’impose. Quelque chose est là, avant même que nous ayons eu le temps de réfléchir.


une femme interrogative: intuition?

Puis le mental s’en saisit.


Il compare cette information à ce qu’il connaît. Il l’évalue à travers nos expériences, nos peurs, nos désirs et nos croyances. Il peut la rejeter parce qu’elle semble illogique. Ou, au contraire, l’interpréter trop vite parce qu’elle confirme ce que nous espérions déjà.

C’est là que le discernement devient essentiel.


Écouter son intuition ne signifie pas croire aveuglément tout ce que l’on ressent. Cela demande d’apprendre à reconnaître la nature de ce qui nous traverse.


Est-ce une information furtive ?


Une émotion qui m’appartient ?


Une peur ancienne réveillée par la situation ?


Une projection ?


Une interprétation arrivée après la perception ?


Il ne s’agit pas de trouver immédiatement la bonne réponse. Il s’agit d’oser rester un instant avec la question.


C’est peut-être l’apprentissage le plus important : ne pas confondre ce que tu ressens avec ce que tu crois que cela signifie. La perception peut être juste alors que l’explication ne l’est pas encore. Entre les deux, il existe un espace où tu peux observer, questionner et laisser le réel t’apporter d’autres éléments.


Descendre de la tête vers le cœur


Pendant longtemps, j’ai demandé à mon mental de me protéger de l’incertitude.

Comprendre me rassurait. Expliquer me donnait l’impression de maîtriser. Trouver rapidement du sens m’évitait de rester dans cet espace inconfortable où je ne savais pas encore.


La communication animale m’a peu à peu appris un autre chemin.


  • Revenir au corps.

  • Accueillir une émotion sans la transformer immédiatement en histoire.

  • Recevoir une information sans vouloir aussitôt la faire entrer dans une vérité déjà connue.

  • Observer ce qui se passe réellement.

  • Et accepter de m’être trompée.


Descendre de la tête vers le cœur ne signifie pas renoncer à réfléchir. Cela ne signifie pas non plus que le cœur aurait toujours raison et que le mental serait notre ennemi.


Nous avons besoin des deux.


  • L’intuition ouvre une porte.

  • Le corps nous renseigne sur ce que nous vivons.

  • Le mental nous aide à analyser.

  • Et le réel nous permet de vérifier et d’ajuster.


La justesse naît peut-être du dialogue entre tous ces espaces.


Et toi, quelle histoire te racontes-tu ?



Quand le corps parle

Y a-t-il aujourd’hui, dans ta vie, quelque chose que ton corps tente de te dire ?


Une tristesse que tu expliques depuis longtemps. Un malaise que tu minimises. Une direction qui s’est présentée très nettement, avant que mille arguments viennent la recouvrir.




Tu n’as pas besoin d’en tirer immédiatement une conclusion.


Tu peux simplement observer.


Que ressens-tu réellement ?


Quelle est l’information brute ?


Et quelle histoire ton mental a-t-il construite autour d’elle ?


La prochaine fois qu’une sensation, une émotion ou une évidence apparaîtra, essaie de ne pas l’expliquer tout de suite. Note d’abord ce qui est réellement là : une pression dans la poitrine, une image, un mot, une envie de reculer, des larmes. Puis, dans un second temps seulement, observe ce que ton mental en a conclu.


Cet espace entre la perception et l’interprétation ne te donnera pas toujours une réponse immédiate. Mais il peut t’aider à mieux entendre ce qui se passe en toi, à écouter ton animal avec davantage de discernement et à reconnaître les histoires que tu avais jusque-là prises pour des vérités.


Les animaux ne m’ont pas appris à détenir la vérité. Ils m’ont appris à devenir suffisamment présente pour la chercher autrement.


À ressentir avant d’expliquer.


À écouter avant de conclure.


Et à laisser le réel transformer, parfois, tout ce que je croyais savoir.


Pour poursuivre l’exploration


Si ce texte t’a donné envie de mieux comprendre la manière dont une information peut arriver — par le corps, une émotion, une image, un mot ou une évidence — tu peux découvrir les cinq étapes pour apprendre la communication animale sensorielle. Je t’y propose des exercices concrets pour ralentir, reconnaître ton propre langage de perception et commencer à écouter sans chercher immédiatement à interpréter.

Et si tu veux explorer la façon dont nos certitudes peuvent nous empêcher d’entendre ce que vit réellement un animal, je t’invite à lire L’équitation est-elle une maltraitance ? Ce que les chevaux m’ont répondu. Un autre récit dans lequel les chevaux m’ont obligée à regarder au-delà de mes convictions, de mes peurs et des réponses toutes faites.


Ces deux lectures prolongent la même question : comment écouter vraiment, lorsque notre mental croit déjà savoir ?



À propos de Lucile Picker

Ancienne cavalière professionnelle et enseignante, Lucile Picker pratique la communication animale depuis 15 ans. À travers Le Monde de Lucile, elle a accompagné plus de 3 500 duos humains-animaux et formé plus de 1 000 personnes à développer leur écoute sensorielle. Son approche relie l’expérience du terrain, la connaissance du cheval, la pédagogie et l’exploration de nos perceptions.



 
 
 

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