top of page

L’équitation est-elle une maltraitance ? Ce que la communication animale m’a appris

Lucile à cheval sur sa jument Aragone
Lucile à cheval sur sa jument Aragone

L’équitation est-elle forcément une forme de maltraitance ? Peut-on monter à cheval tout en respectant son bien-être et ses limites ?


Cette question traverse aujourd’hui de nombreuses cavalières. Elle peut faire naître de la culpabilité, du doute, parfois même une profonde remise en question de la relation avec son cheval.


À travers l’histoire d’Aragone, ma jument de cœur, j’ai découvert que la réponse n’était pas aussi simple que je le pensais.


La communication animale m’a appris à écouter autrement les chevaux. À entendre ce qui leur fait mal, bien sûr. Mais aussi ce qui les rend vivants, curieux, joyeux et profondément engagés dans la relation.


Arrêter de monter : une décision prise pour son bien-être


Lorsque j’ai cessé de monter Aragone, elle avait mal au dos. Arrêter l’équitation et les concours était une évidence.


Je pensais lui offrir ce dont elle avait besoin.


Du repos.


La liberté du pré.


La présence des autres chevaux.


Une vie éloignée des contraintes du travail et de la compétition.


Mais les jours ont passé et Aragone s’est mise à rester davantage seule. Elle interagissait moins avec le troupeau. Même à l’heure des repas, son corps ne retrouvait plus le même élan.


Je la regardais s’éloigner sans comprendre où elle était partie.


En apparence, sa vie était plus libre.


Pourtant, quelque chose en elle s’était éteint.


Ce que la communication animale a révélé


Lorsque je l’ai écoutée en communication animale sensorielle, je m’attendais à recevoir du soulagement.


Mais Aragone s’ennuyait.


Elle ne trouvait plus de sens à ses journées. Malgré sa douleur, ce que nous avions vécu ensemble lui manquait.


Pas la selle.


Pas les obstacles.


Nous.


Je suis triste de ne plus pouvoir donner davantage avec mon corps, de ne pas pouvoir continuer ce que nous étions en train de vivre à travers la compétition. J’éprouvais tant de joie à performer avec toi, à nous dépasser et à évoluer ensemble. J’aimais ton admiration pour moi. J’aimais sentir les regards posés sur moi. J’aimais être admirée. J’aimais briller.

Sa parole ne remettait pas en cause sa douleur ni la nécessité d’arrêter. Elle me révélait qu’elle aussi pouvait éprouver la tristesse de ne plus pouvoir continuer, physiquement, ce qui la mettait en joie. J’avais regardé son bien-être depuis sa douleur. Aragone m’invitait à le regarder aussi depuis ce qui la faisait briller.


Un cheval peut-il aimer travailler avec son humain ?


Lucile enlaçant sa jument Aragone
Aragone et Lucile entrain de lui faire un calin

Aragone était ma jument de cœur.


Je l’aimais tellement.


Avec elle, tout était intense. J’avais l’impression qu’elle m’entendait tout le temps et que, moi aussi, je l’entendais. Elle prenait soin de moi comme je prenais soin d’elle. Nous étions deux doigts d’une même main.


Il lui arrivait de quitter le pré et ses compagnons pour venir me rejoindre dans le jardin.


Si je ne venais pas assez vite, j’entendais ses coups d’antérieur contre la porte d’entrée.

Elle avait compris comment l’ouvrir.


La porte bougeait. Sa tête apparaissait dans l’entrebâillement. Puis elle faisait ce petit bruit que je connaissais si bien, juste assez fort pour m’appeler.

Pour que je la rejoigne.


Rien que d’y repenser, je ressens encore cette joie immense.


En balade, nous galopions sur les chemins de sable des Landes avec deux ou trois chevaux du troupeau en liberté à nos côtés.


Le sable frappait sous les sabots. Les souffles se mêlaient. À travers le corps d’Aragone, je sentais les autres chevaux sans même les regarder : leur vitesse, leur élan, la place de chacun dans ce mouvement commun.


Le galop ne partait plus d’un seul corps. Il circulait entre eux.


Et Aragone m’y faisait entrer.


Je n’étais plus seulement une humaine sur le dos de sa jument. À travers elle, je devenais presque cheval moi aussi. Aragone, le troupeau et moi réunis dans une seule pulsation.


Quelle joie de vivre cela !


Tu as déjà senti cela, toi aussi. Dans un grand galop peut-être. Ou dans un regard, un souffle, un mouvement partagé avec ton cheval ou ton animal. Cet instant où les frontières semblent disparaître et où tu sais, sans pouvoir l’expliquer, que vous êtes vraiment ensemble.


Sur la piste, nous nous portions l’une l’autre


Les matins de concours, Aragone et Belle Dame reconnaissaient le van. De petits hennissements traversaient le pré. Aragone s’animait, presque pressée d’être celle qui monterait la première.


Puis le van se refermait. Le sol bougeait sous ses pieds. Sa respiration devenait plus courte. Mais le souffle de sa compagne près d’elle, le foin mouillé et le bruit tranquille de la mastication l’accompagnaient pendant le trajet.


Le stress était là.


Et, juste dessous, l’excitation de ce que nous allions vivre.


Lorsque nous entrions sur la piste, je sentais son corps et ses émotions traverser les miens. Sa respiration. La tension de son dos. Son élan vers le premier obstacle. Elle percevait, elle aussi, la moindre de mes hésitations.


Parfois, c’était moi qui respirais plus profondément pour l’aider à revenir. Parfois, ma confiance vacillait et je sentais Aragone se rassembler sous moi, devenir plus sûre, comme si tout son corps me disait : je suis là.


Alors nous nous retrouvions.


Un souffle. Un accord. La peur de l’une accueillie par la force de l’autre.


Ce n’était pas une communion parfaite. Il y avait des distances mal choisies, des gestes trop rapides et des moments où nous ne nous comprenions plus.


Mais nous pouvions revenir l’une vers l’autre.


La joie qui circulait entre nous n’effaçait ni le stress ni les difficultés. Elle leur donnait un sens. Les chevaux y sont extrêmement sensibles : ils sentent lorsque nous agissons par obligation ou uniquement pour obtenir un résultat. Ils sentent aussi lorsque nous sommes profondément heureux d’être là avec eux.


La joie nourrit l’envie, la curiosité, le mouvement.


Elle nous indique le chemin.


Équitation et bien-être animal : sortir des réponses universelles


Les pratiques douloureuses existent dans l’équitation : rollkur, mors sévères associés à des actions brutales, contraintes répétées, pression excessive, corps poussés au-delà de leurs limites.


La communication animale ne les excuse en rien.


Mais elle m’a appris à me méfier des réponses universelles données à la place des chevaux.


Ne dites pas que nous voulons tous être montés. Ne dites pas non plus qu’aucun de nous ne le veut. Écoutez-nous. Nous vous parlerons de ce qui nous blesse et nous éteint, mais aussi de ce qui nous met en joie, nous éveille et nous donne envie de participer.

Chaque cheval a son histoire, son corps, ses blessures, ses besoins et sa propre manière d’entrer en relation.


Une médaille ne prouve pas qu’un cheval va bien.


Mais une vie au pré ne le prouve pas toujours davantage.


La question n’est donc peut-être pas seulement :

Ai-je le droit de monter à cheval ?


Mais plutôt :

Quelle place est-ce que je laisse à mon cheval dans ce que nous vivons ensemble ?


Écouter son cheval, c’est aussi apprendre à s’écouter


Les chevaux nous montrent parfois que nous sommes durs avec eux comme nous le sommes avec nous-mêmes.


Nous ignorons notre fatigue, nos douleurs et nos limites. Puis nous leur demandons d’avancer lorsque leur propre corps dit non.


Je ne peux pas recevoir ce message en me tenant à l’extérieur. Malgré tout l’amour que je portais à Aragone, j’ai parfois pu vouloir obtenir, insister, interpréter trop vite ou laisser mes peurs prendre toute la place.


Moi aussi, j’ai pu être dure avec elle parce que je l’étais d’abord avec moi-même.


Peut-être reconnais-tu quelque chose de toi ici. Non parce que tu n’aimerais pas assez ton animal. Mais parce que nous entrons tous dans la relation avec nos blessures, nos exigences, nos élans magnifiques et nos maladresses.


La communication animale ne place pas le cheval face à un humain devenu parfait. Elle nous permet de nous rencontrer plus sincèrement.


Le cheval peut alors nous montrer qui il est.


Et nous guider vers qui nous sommes.


Si tu n’as pas de cheval, peut-être connais-tu ce même vertige auprès d’un chien, d’un chat ou d’un autre animal : sentir qu’il existe en lui tout un monde et désirer, de tout ton cœur, pouvoir le rejoindre.


Deux mains sur un même pinceau



Pendant longtemps, nous avons pensé l’équitation comme une main humaine tenant un pinceau.


Nous imaginions l’œuvre.


Le cheval devait l’exécuter.

Mains de Dieu et d'Adam, détail de la Création d'Adam de la Chapelle Sixtinede Michel-Ange

Aragone m’a montré qu’une autre équitation était possible : deux mains sur le même pinceau.

La sienne et la mienne.


Parfois hésitantes. Parfois maladroites. Jamais parfaitement accordées.


Mais capables de se chercher, de se retrouver et de laisser naître une toile qu’aucune de nous n’aurait pu peindre seule.


La communication animale ne promet pas une relation parfaite. Elle permet au cheval d’y prendre toute sa place.


Aragone ne m’a pas demandé de défendre l’équitation.


Ne parle pas à la place de tous les chevaux. Raconte seulement ce que je t’ai montré. Dis-leur que j’ai aimé apprendre, partir, avoir peur parfois, me dépasser et créer avec toi. Puis demande-leur d’écouter celui qui partage leur vie.

Peut-être que l’équitation de demain ne naîtra pas le jour où nous déciderons encore à la place des chevaux.


Peut-être naîtra-t-elle le jour où nous accepterons enfin de l’écrire avec eux.



Découvrir la communication animale


Écouter son animal ne signifie pas tout accepter ni renoncer à tout projet avec lui. Cela signifie lui offrir un espace où ses sensations, ses limites et ses élans peuvent être entendus.


À propos de l’autrice

Lucile Picker est ancienne cavalière professionnelle et enseignante. Elle pratique la communication animale depuis plus de quinze ans et a accompagné plus de 3 500 duos humains-animaux et formé plus de 1 000 personnes. À travers la communication animale sensorielle, elle transmet une approche ancrée dans l’expérience, l’écoute du cheval et la relation au vivant.


Et si tu apprenais, toi aussi, à écouter l’animal qui partage ta vie ?



Pour en lire plus:






Commentaires


bottom of page